La gauche dite radicale (socialiste ?) au pied du mur (suite)

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La situation grecque n’a pas fini de faire des vagues parmi les diverses composantes du Front De Gauche. Déjà passablement divisé lors des dernières échéances électorales, la question de l’Europe et de la sortie éventuelle du carcan de l’Euro compliquent encore un peu plus leur cheminement commun d’autant que deux échéances se profilent, les régionales en décembre 2015 et les présidentielles en 2017. On ne pourra pas passer à côté de ces questions.


Il faut bien admettre que parmi la gauche dite « radicale » deux lignes s’opposent. Pour les uns, ils pensent qu’il est (encore) possible de réformer l’Europe de l’intérieur. La question de l’Euro n’étant pas le problème. Il suffirait simplement de créer les conditions d’un rapport de force pour modifier la donne et réorienter les politiques économiques en favorisant le travail en lieu et place du capital financier. Pour faire court en finir avec l’austérité. Il suffirait simplement que les peuples se mobilisent. C’est l’alpha et l’oméga de leur solution d’une Europe fantasmée. Ils en oublieraient presque que si la création du rapport de force est nécessaire, elle est très loin d’être suffisante. Pour les autres, l’expérience grecque est la démonstration grandeur nature que l’ Europe telle quelle est n’est pas réformable de l’intérieur. L’erreur des Grecs est d’avoir sous-estimé cette donnée. Sans aller jusqu’à la sortie de l’Euro, la solution est tout de même mise sur la table d’un (plan B) comme contre poids nécessaire dans la négociation avec les instances européennes, c’est-à-dire l’Allemagne. Le débat en d’autant plus nécessaire que nous venons d’assister à une passe d’armes ou l’on a vu les Grecs et leur premier ministre se faire purement et simplement hara-kiri  face à la troïka et l’eurogroupe.


Si certains de nos camarades préfèrent à ce stade ne pas trop enfoncer plus qu’elle ne l’est déjà, la tête de Stipras dans l’eau, on peut tout de même constater que l’acceptation du mémorandum et sa votation par les députés grecs se sont faites avec l’aide de la droite et du PASOK (PS local) contre une partie du gouvernement et des députés de Syriza ainsi que contre les instances du parti. La démocratie étant la mère nourricière de nos gouvernances, il aurait été pour le moins préférable de demander au peuple grec ce qu’il en pensait *. Compte tenu de la situation, on aurait ainsi pu savoir si les Grecs étaient favorables ou non à la sortie de l’euro. Mais au lieu de cela, on nous a laissé entendre qu’il n’y avait pas d’autres solutions, que c’était le moindre mal, que madame Merkel et ses alliés, la Commission européenne, la troïka, l’eurogroupe… et « l’affreux » Schäuble étaient d’intraitables négociateurs. Et comme la Grèce ne voulaient pas sortir de l’euro, c’est contraint et forcé qu’il a été décidé de céder dans les pires conditions que l’on connaît. C’est la thèse défendue par une partie de la gauche radicale allant parfois jusqu’à défendre l’idée qu’une sortie de l’euro aurait été cataclysmique. Et pour tenter de clore le débat si ce n’est de l’empêcher, ils ont eu la fâcheuse tentation d’assimiler les partisans de la gauche radicale favorables à l’idée d’une sortie contrôlée de l’Euro (et non de l’Europe sauf à déplacer les frontières) à la « droite nationaliste ». Il n’y aura pas pire infamie !


capture_d_ecran_2015-08-03_a_14.52.07-fc0e2On l’oublie un peu, la pilule est amère pour les Grecs. L’austérité continue, et même s’accentue sans espoir que cela ira mieux demain. Le cercle infernal va continuer. Les mêmes maux produisant les mêmes effets, la dette va continuer d’ augmenter. C’est un système de vis sans fin. Nous sommes presque tous d’accord Stipras aussi, la dette ne pourra jamais être remboursée. Et comme le système et l’Allemagne en premier n’accepteront jamais de s’asseoir sur leur magot, si la Grèce veut s’en sortir ou essayer de le faire (on recherche la moins mauvaise des solutions en gardant son honneur), la seule solution reste une séparation intelligente en bonne et due forme. Rien ne dit qu’il ne sera pas possible de se re-pacser un peu plus tard si affinité, bien évidemment. L’histoire est faite d’alliances et renversements d’alliances.

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L’arme de dissuasion massive qu’est le grexit n’avait sans doute pas, contrairement à ce que l’on a bien voulu nous faire croire pour premier objectif la sortie de la Grèce, mais le message, qu’il faut considérer comme un rappel à l’ordre, était bien plus destinée à la France. L’hégémonie (ou OPA amicale et hostile)) du capital allemand et de ses satellites étant presque achevée, il n’est pas dit que ces pays n’aient pas la tentation de s’exclure d’eux-mêmes du système européen qui pourrait ne plus leur convenir. Le capital cherche à s’adapter aux nouveaux rapports de force qui se dégagent dans le monde. N’oublions jamais non plus que les États-Unis ne sont jamais très loin dans la partie qui se joue.

  • Un sondage avec toutes les précautions d’usage vient d’être réalisé en Grèce par BridgingEurope.net sur la période du 22 au 24 juillet 2015: source site Sapir.

    Dans les circonstances présentes préférez-vous rester ou sortir de l’Euro   Pensez vous qu’un GREXIT ait été évité
    Rester 41% Oui 32%
    Sortir 36% Non 58%
    Ne sait pas/ne se prononce pas 23% Ne sait pas/ne se prononce pas 10%

    En un sens, la seconde question est même plus importante que la première. Si la population « croit » en une sortie de l’Euro (le Grexit), elle se comportera comme si cette sortie devait survenir, en particulier du point de vue de son comportement face au système bancaire. Dans ces conditions, une sortie risque fort d’être inévitable. C’est le phénomène connu sous le non d’anticipation « auto-réalisatrice ». Le fait que 58% de la population pense qu’une sortie est inévitable va peser considérablement sur les comportements économiques et financiers des ménages et des entreprises. Mais, il faut aussi noter que le nombre de personnes sondées qui préfère rester dans l’Euro semble s’être profondément effondré depuis moins d’un mois. Il n’y a plus aujourd’hui que 41% des personnes sondées à vouloir rester dans l’Euro, face à 36% de personnes considérant qu’il serait préférable que la Grèce sorte. La marge de 5% entre les deux positions est très faible et, vraisemblablement correspond à la marge d’erreur d’un sondage réalisé par téléphone.

    On assiste donc bien à un véritable retournement de l’opinion sur ce point.

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